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Polyamour, étape 1 - du vivre vers le dire

Donc première étape, je mobilise mes souvenirs et me concentre sur les situations vues voire vécues de polyamour, bien qu'à l'époque ce mot ne recouvrait rien, n'avait pas de sens. Avant même d'aller lire quoi que ce soit, je mobilise.

Je veux répondre à cet homme, pour qui tout cela est nouveau, qui se pose des questions, en partageant ma première impression, analyse sans être influencé-e par une quelconque lecture. Je me dis ou je ressens que tout cela pourra lui servir, que toutes ces choses vécues, pas toujours heureuses peuvent servir à quelqu'un d'autre, pour trouver une direction, faire un choix ou y participer. C'est peut-être à travers lui, mon propre chemin que je retrace, revis mais en pouvant cette fois-ci mettre un mot, conceptualiser, produire mon discours, et ne plus être dans le vécu-subi. Et soudain, je ne suis plus solitaire puisque je peux partager cette invraisemblable expérience avec lui et donc réfléchir avec lui ou par lui, en suivant son cheminement tout en ayant le mien propre.

Le vécu-subi, ce sont ces histoires, ces expériences que l'ont vit, poignantes, totales, parfois à la limite du raisonnable pour soi-même, qui nous construisent petit à petit, et que nous réécrivons un peu, parfois, au fur et à mesure que s'ajoutent d'autres expériences. Ces rencontres et ces expériences qui représentent et nous rappellent tout ce que nous pouvons être, prendre et donner. Sortir du vécu-subi, c'est presque utiliser toutes ces événements passés pour modeler le tout en quelque chose qui a du sens, une direction, autre que celle d'aller là pour voir, pour ne pas se donner corps et âme à autre chose qui demanderait éventuellement plus de travail, de concentration, d'organisation, etc. Et c'est aussi puiser dans cet immense réservoir pour faire ses choix.


Dans mes souvenirs d'enfants et dans mon vécu de jeune adulte donc, il y avait certes de la joie mais il y avait des moments bien plus marquants et ineffaçables de crises entre les parents, avec et entre les enfants, de sentiments ou position telle que l'incompréhension, la tristesse, le désarroi ou la colère.

Enfant, spectat-rice-eur, j'acceptais plus que je ne comprenais. C'était une forme de norme acceptée pour moi, puisque cela existait. C'était ma banalité, mon quotidien ordinaire, pas de question à se poser. Mais je voyais, j'observais, je regardais, je ressentais. Et jje me retrouvais parfois à être détentrice d'un savoir, d'une information, que je ne pouvais pas dire, et encore moins à l'autre femme. Qu'elle ait ou non connaissance de l'existence de l'autre ou des autres femmes, ne changeait rien à cette injonction non-dite à ne pas dire. Injonction non dite, car je sentais le désarroi de femmes que j'aimais quand cette question pointais son nez. Elles acceptaient par amour une situation, qui ne leur convenaient pas au fond. Et à chaque fois, l'arrivée d'un enfant fut le début de la fin de l'histoire. Elles acceptaient de "suivre" un homme dont elles étaient "follement amoureuses". Et à la fin, je les voyais détruites, devant tenir coûte que coûte pour leur enfant. Je fus l'un-e de ces enfants.

Pourquoi acceptait-elle ou tolérait-elle cette situation ? Probablement car elles étaient plus dans le doute que dans le savoir.


Il y eut également d'autres exemples, qui m'ont fait lui écrire, que ces situations "polyamoureuses" pouvaient aussi se vivre bien, qu'elles demandaient en revanche de la disponibilité mentale, que j'estimais que c'était un équilibre souvent délicat entre chacune des personnes, et surtout qu'à mon avis, ce n'est pas par amour que l'on devait accepter cette situation mais bien parce qu'elle nous correspondait.


C'est d'abord ce que j'ai partagé avec cet homme, cette première expérience d'enfant. C'est tout ce que je pouvais partagé dans ce début d'échange. Je ne le connaissais pas vraiment, nous rentrions dans de l'intime, chacun avec nos situations particulières, en transition et réflexion sur tout.